Le Club reçoit Juliette BENZONI
Interview du 07/03/2000


© Opale

 

Romancière fétiche du Club (dont elle est membre à titre personnel depuis près de vingt ans), Juliette Benzoni est l'auteur français le plus traduit dans le monde. Digne héritière d'Alexandre Dumas qu'elle surpasse par la rigueur et l'exactitude de ses sources, la reine Juliette a hissé au pinacle des lettres le genre naguère décrié du " roman historique ". A l'occasion de la parution de Reines tragiques, le Club a rencontré cet immense écrivain.

"Je choisis mes héroïnes dans une époque donnée, mais je les fais réagir comme des femmes modernes pour que mes lectrices puissent se retrouver en elles."

Bibliographie
Biographie  

Le Club : Votre nouveau roman est éclaté en dix-huit biographies de reines qui ont fait l'histoire. Avez-vous décidé de rompre avec les sagas qui ont fait votre succès ?

Juliette Benzoni : Bien sûr que non. Il ne s'agit d'ailleurs pas véritablement d'un roman mais d'une sorte de récréation. Avec Reines tragiques, j'ai voulu raconter dix huit destins de femmes qui par leur beauté tragique ont marqué le sort du monde. De la Chine à l'Egypte en passant par Byzance, Aliénor d'Aquitaine ou Caroline Mathilde de Danemark, j'ai essayé de montrer comment le pouvoir et les femmes ont longtemps fait mauvais ménage.


Le Club : Vos héroïnes ont souvent une dimension tragique, liée à l'époque, au décor que vous choisissez. Ainsi dans la Florentine qui est à ce jour votre plus grand succès au Club, vous nous plongez dans la Renaissance italienne. C'est une de vos époques de prédilection ?

Juliette Benzoni : La Florence du Quattrocento me fascine depuis très longtemps. Avant même de commencer à publier, je rêvais de lui consacrer un roman. J'avais donc déjà rassemblé beaucoup de documentation. Le déclic s'est produit quand j'ai décidé de me baser sur une histoire authentique survenue dans le Cotentin un siècle plus tard, sous Henri IV.


Le Club : Il faut du souffle pour s'engager dans une série de quatre volumes. Vous avez commencé par écrire un plan ?

Juliette Benzoni : Quand je démarre une nouvelle série, je sais où je vais, mais j'ignore encore par quel chemin j'y arriverai. Pour la Florentine, il y avait les Médicis, les papes à la fois indignes et très artistes, les rois de France. Et le pays natal de Fiora : la Bourgogne, une région que j'aime beaucoup et dans laquelle j'ai vécu dix ans.


Le Club : Fiora connaît de multiples expériences sexuelles, sans renoncer pour autant à l'amour romantique ?

Juliette Benzoni :C'est vrai, elle vit une histoire d'amour avec un grand A. Et puis, les choses étant ce qu'elles sont, il lui arrive de se laisser aller... Tenez, je vais tout vous avouer ! Je choisis mes héroïnes dans une époque donnée, mais je les fais réagir comme des femmes modernes pour que mes lectrices puissent se retrouver en elles.


Le Club : Ainsi, la très jeune marquise de Pontalec qui est l'héroïne du premier tome de votre nouvelle trilogie, Un homme pour le roi. Comme toujours dans vos romans, l'histoire s'y marie avec la fiction. Comment travaillez-vous ? En établissant une grille d'événements véridiques, puis en remplissant les vides avec votre imagination ?

Juliette Benzoni : Oh non, pas du tout ! Je démarre et je continue sans m'aider d'aucun plan. Je trouve les chemins au jour le jour. Mais pour écrire ce roman, il est vrai que je disposais d'un fil conducteur en la personne du baron de Batz, un conspirateur parfaitement authentique qui a tenté de sauver Louis XVI, puis Marie-Antoinette, puis Louis XVII, puis sa sour Madame Royale.


Le Club : On a l'impression que vous vous identifiez avec ce soldat de l'ombre dévoué corps et âme à son roi ?

Juliette Benzoni : Si vous essayez de me faire dire que je suis royaliste, c'est tout à fait exact ! Mais je suis une royaliste de regret, un peu comme de Gaulle. Tout en éprouvant de la nostalgie pour la monarchie, je sais bien que ce n'est plus possible.


Le Club : Pourtant, vous décrivez sans complaisance la lutte fratricide qui opposait les partisans de Louis XVI à ceux du futur Louis XVIII.

Juliette Benzoni :Eh oui ! c'était la guerre des agents secrets. Avant de devenir un bon roi, le comte de Provence avait été un très mauvais frère. A deux reprises, il avait tenté de faire assassiner Louis XVI. Au fond, un homme comme le baron de Batz se sentait plus proche des jeunes gens enthousiastes qui partaient défendre leur patrie à Valmy que des traîtres qui pullulaient dans son propre camp


Le Club : Mais d'où vous vient ce goût des complots ?

Juliette Benzoni : Je plaide coupable ! J'ai toujours eu une passion pour les énigmes historiques et pour les joyaux célèbres, comme la Toison d'Or qui occupe une grande place dans mon roman. Pourquoi ? Je ne sais pas... Peut-être parce que je suis Scorpion !

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