Le Club : Votre
nouveau roman est éclaté en dix-huit biographies de reines qui
ont fait l'histoire. Avez-vous décidé de rompre avec les sagas
qui ont fait votre succès ?
Juliette Benzoni
: Bien sûr que non. Il ne s'agit d'ailleurs pas véritablement
d'un roman mais d'une sorte de récréation. Avec Reines tragiques,
j'ai voulu raconter dix huit destins de femmes qui par leur beauté
tragique ont marqué le sort du monde. De la Chine à l'Egypte en
passant par Byzance, Aliénor d'Aquitaine ou Caroline Mathilde
de Danemark, j'ai essayé de montrer comment le pouvoir et les
femmes ont longtemps fait mauvais ménage.
Le Club : Vos héroïnes ont souvent
une dimension tragique, liée à l'époque, au décor que vous choisissez.
Ainsi dans la Florentine qui est à ce jour votre plus grand succès
au Club, vous nous plongez dans la Renaissance italienne. C'est
une de vos époques de prédilection ?
Juliette Benzoni
: La Florence du Quattrocento me fascine depuis très longtemps.
Avant même de commencer à publier, je rêvais de lui consacrer
un roman. J'avais donc déjà rassemblé beaucoup de documentation.
Le déclic s'est produit quand j'ai décidé de me baser sur une
histoire authentique survenue dans le Cotentin un siècle plus
tard, sous Henri IV.
Le Club : Il faut du souffle pour
s'engager dans une série de quatre volumes. Vous avez commencé
par écrire un plan ?
Juliette Benzoni
: Quand je démarre une nouvelle série, je sais où je vais,
mais j'ignore encore par quel chemin j'y arriverai. Pour la Florentine,
il y avait les Médicis, les papes à la fois indignes et très artistes,
les rois de France. Et le pays natal de Fiora : la Bourgogne,
une région que j'aime beaucoup et dans laquelle j'ai vécu dix
ans.
Le Club : Fiora
connaît de multiples expériences sexuelles, sans renoncer pour
autant à l'amour romantique ?
Juliette Benzoni
:C'est vrai, elle vit une histoire d'amour avec un grand A.
Et puis, les choses étant ce qu'elles sont, il lui arrive de se
laisser aller... Tenez, je vais tout vous avouer ! Je choisis
mes héroïnes dans une époque donnée, mais je les fais réagir comme
des femmes modernes pour que mes lectrices puissent se retrouver
en elles.
Le Club : Ainsi,
la très jeune marquise de Pontalec qui est l'héroïne du premier
tome de votre nouvelle trilogie, Un homme pour le roi. Comme toujours
dans vos romans, l'histoire s'y marie avec la fiction. Comment
travaillez-vous ? En établissant une grille d'événements véridiques,
puis en remplissant les vides avec votre imagination ?
Juliette Benzoni
: Oh non, pas du tout ! Je démarre et je continue sans m'aider
d'aucun plan. Je trouve les chemins au jour le jour. Mais pour
écrire ce roman, il est vrai que je disposais d'un fil conducteur
en la personne du baron de Batz, un conspirateur parfaitement
authentique qui a tenté de sauver Louis XVI, puis Marie-Antoinette,
puis Louis XVII, puis sa sour Madame Royale.
Le Club : On a
l'impression que vous vous identifiez avec ce soldat de l'ombre
dévoué corps et âme à son roi ?
Juliette Benzoni
: Si vous essayez de me faire dire que je suis royaliste,
c'est tout à fait exact ! Mais je suis une royaliste de regret,
un peu comme de Gaulle. Tout en éprouvant de la nostalgie pour
la monarchie, je sais bien que ce n'est plus possible.
Le Club : Pourtant,
vous décrivez sans complaisance la lutte fratricide qui opposait
les partisans de Louis XVI à ceux du futur Louis XVIII.
Juliette Benzoni
:Eh oui ! c'était la guerre des agents secrets. Avant de devenir
un bon roi, le comte de Provence avait été un très mauvais frère.
A deux reprises, il avait tenté de faire assassiner Louis XVI.
Au fond, un homme comme le baron de Batz se sentait plus proche
des jeunes gens enthousiastes qui partaient défendre leur patrie
à Valmy que des traîtres qui pullulaient dans son propre camp
Le Club : Mais
d'où vous vient ce goût des complots ?
Juliette Benzoni : Je plaide coupable !
J'ai toujours eu une passion pour les énigmes historiques et pour
les joyaux célèbres, comme la Toison d'Or qui occupe une grande
place dans mon roman. Pourquoi ? Je ne sais pas... Peut-être parce
que je suis Scorpion !