Le Club reçoit Michel PEYRAMAURE
Interview du 03/10/2000


© Opale

 

Il ne manque rien à cette authentique page d'histoire : ni le courage, ni l'audace qui siéent aux grands héros d'aventure, ni les méandres de l'amour. Avec ce roman sur l'insurrection des paysans dans le Périgord blanc au XVIIème siècle, la tête de file de l'école de Brive ajoute une nouvelle pierre à son édifice qu'il appelle la " légende de la France " : force est de constater que le conteur, malgré ses 78 ans, a gardé toute la fougue de sa jeunesse.

Bibliographie
Biographie  

Le Club : Qu'est-ce qui a présidé à votre choix de raconter la révolte des croquants?

Michel Peyramaure : Ecoutez, cela faisait peut-être 40 ou 50 ans que j'avais ce projet en tête. Il s'inscrivait dans ma démarche qui est de raconter ce que j'appelle la légende de la France, non pas sous forme de document mais de roman historique, car je ne suis pas historien de formation. A ce jour, j'ai déjà écrit une cinquantaine de romans, principalement sur la France, et il me reste encore une trentaine de sujets à traiter. Je ne suis pas encore sorti de l'auberge, mais tout est en bonne voie ! J'ai donc choisi de conter la révolte paysanne, d'abord parce qu'elle s'inclut dans ce projet mais aussi parce que c'est un événement très important du XVIIème siècle, et ensuite parce que cela s'est passé à deux pas de chez moi. J'habite Brive et mon roman se passe dans la région du Paréage, qui forme un triangle entre Périgueux, Bergerac et Sarlat. Il y avait donc toutes les raisons pour qu'un jour où l'autre je m'attaque au sujet !


Le Club : Quelle est la part du romanesque dans les Chiens sauvages?

M. P. : Comme tous mes romans historiques, ce livre est à base d'histoire, ce que je tiens à respecter scrupuleusement. Je ne suis pas du tout d'accord avec la phrase célèbre qui dit : " Peu importe qu'on viole l'histoire, pourvu qu'on lui fasse un bel enfant dans le dos. " Moi, je ferais plutôt l'amour avec l'histoire, mais je ne la violente pas. Autrement dit, mes personnages sont réels, les événements sont réels et les Chiens sauvages est un livre d'histoire, mais traité sous forme de roman.


Le Club : Mais par rapport à cette révolte, il y avait bien quelque chose, du point de vue affectif, qui vous tenait à cour ?

M. P. : Oui, effectivement. Je suis d'origine paysanne, ma mère et mon père étaient des petits paysans et, en quelque sorte, on pourrait dire que la glaise corrézienne me colle aux sabots ! Vous savez, je n'ai jamais quitté Brive ni sa région, je parle sa langue, je suis vraiment de cette province. Donc, ce qui s'y est passé me touche.


Le Club : Comment qualifieriez-vous le tempérament des paysans du Périgord?

M. P. : C'était des gens très rudes, très frustes, qui collaient à la terre. Ces gens-là étaient des sauvages finalement. Mon titre n'est donc pas gratuit. Lâchés dans la nature, ils tuaient tout ce qu'ils pouvaient. Ils étaient des dizaines de milliers à se soulever contre les armées de Richelieu et de Louis XIII. Ils partaient, armés de faux retournées, de bâtons ferrés, de couteaux, de tout ce qui leur tombait sous la main. Ils avaient des fusils parce qu'ils les volaient aux soldats qu'ils abattaient ou quand ils prenaient d'assaut les casernes. C'était des sauvages et ils ne manquaient pas de courage. Il faut dire qu'ils étaient tellement pressurés de toutes parts qu'ils n'avaient rien à perdre. A un moment, les dîmes avaient triplé pour permettre aux troupes qui combattaient en Espagne de vivre. C'était intenable pour eux. On leur prenait tout : leur argent, leurs biens, ils se retrouvaient sans rien. alors ils partaient sur les routes et se constituaient en meutes, comme les chiens sauvages, exactement. Finalement, la bataille du Paréage marqua leur victoire mais ne résolut rien à leurs problèmes. La seule issue c'était la paix, la trêve que proposa Richelieu, mais leurs problèmes allaient resurgir plus tard.


Le Club
: Pourquoi avoir choisi la voix d'un vieil homme, un peu en décalage avec l'action, pour raconter cette histoire ?

M. P. : Eh bien ! , tout simplement parce que j'aime bien que les personnages parlent à la première personne plutôt que de les faire s'exprimer par mon intermédiaire. C'est ce qu'on appelle le style direct, que je pratique très volontiers, dans la mesure du possible. Et je le fais avec beaucoup de plaisir, car cela me permet de mieux intégrer les personnages, de mieux les faire sentir aussi aux lecteurs. Gratien Donnadieu est donc un témoin, imaginaire d'ailleurs. Il regarde et il raconte, comme un romancier.


Le Club : Quelles peuvent être les résonances d'un tel roman chez les lecteurs modernes ?

M. P. : Il y a encore des révoltes paysannes aujourd'hui, il suffit de voir l'action de José Bové. Les paysans ont toujours été mécontents, il y a chez eux, un goût de la révolte, un don pour la " colère verte ". Le paysan est un homme libre. Dès qu'on touche à ses prérogatives, il s'insurge. Et ça, c'est encore très actuel. Les Français sont d'autre part des révoltés permanents, nous avons cela dans le sang, nous ne pouvons pas oublier les grands échos de la Révolution française. La révolte est endémique en France !


Le Club : Faites-vous beaucoup de recherches pour chacun de vos romans ou, avec le temps, avez-vous assez de matière pour vous lancer directement ?

M. P. : Les deux. Il y a des romans que j'entame avec de la documentation que j'ai préparée 30 ans en avance. J'accumule des informations, des revues, des livres. Au fil du temps, j'en fais mon miel. Puis, lorsqu'un sujet s'inclut dans mon projet, je vais rechercher tous ces documents. Le Club : Pouvez-vous nous parler un peu du roman sur lequel vous travaillez ? Michel Peyramaure : Cela fait deux ou trois ans que j'ai le projet d'écrire un roman sur Louise Michel. J'ai une petite bibliothèque qui m'attend. Mais vous savez, avant de commencer, il faut aussi que je m'occupe des livres qui vont sortir à la fin de l'année et en 2001, car j'ai en fait six romans d'avance !


Le Club
: Mais vous allez plus vite que la musique !

M. P. : C'est un peu le cas, oui. mais je ne peux pas faire autrement. C'est vous dire que, pour moi, écrire, est vraiment une passion, un grand plaisir. Que pourrais-je faire de mieux ?


 

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