Le Club : Qu'est-ce qui a présidé
à votre choix de raconter la révolte des croquants?
Michel Peyramaure : Ecoutez, cela faisait peut-être
40 ou 50 ans que j'avais ce projet en tête. Il s'inscrivait dans
ma démarche qui est de raconter ce que j'appelle la légende de
la France, non pas sous forme de document mais de roman historique,
car je ne suis pas historien de formation. A ce jour, j'ai déjà
écrit une cinquantaine de romans, principalement sur la France,
et il me reste encore une trentaine de sujets à traiter. Je ne
suis pas encore sorti de l'auberge, mais tout est en bonne voie
! J'ai donc choisi de conter la révolte paysanne, d'abord parce
qu'elle s'inclut dans ce projet mais aussi parce que c'est un
événement très important du XVIIème siècle, et ensuite parce que
cela s'est passé à deux pas de chez moi. J'habite Brive et mon
roman se passe dans la région du Paréage, qui forme un triangle
entre Périgueux, Bergerac et Sarlat. Il y avait donc toutes les
raisons pour qu'un jour où l'autre je m'attaque au sujet !
Le Club : Quelle
est la part du romanesque dans les Chiens sauvages?
M. P. : Comme tous mes romans historiques, ce livre
est à base d'histoire, ce que je tiens à respecter scrupuleusement.
Je ne suis pas du tout d'accord avec la phrase célèbre qui dit
: " Peu importe qu'on viole l'histoire, pourvu qu'on lui fasse
un bel enfant dans le dos. " Moi, je ferais plutôt l'amour avec
l'histoire, mais je ne la violente pas. Autrement dit, mes personnages
sont réels, les événements sont réels et les Chiens sauvages est
un livre d'histoire, mais traité sous forme de roman.
Le Club : Mais par
rapport à cette révolte, il y avait bien quelque chose, du point
de vue affectif, qui vous tenait à cour ?
M. P. : Oui, effectivement. Je suis d'origine paysanne,
ma mère et mon père étaient des petits paysans et, en quelque
sorte, on pourrait dire que la glaise corrézienne me colle aux
sabots ! Vous savez, je n'ai jamais quitté Brive ni sa région,
je parle sa langue, je suis vraiment de cette province. Donc,
ce qui s'y est passé me touche.
Le Club : Comment
qualifieriez-vous le tempérament des paysans du Périgord?
M. P. : C'était des gens très rudes, très frustes,
qui collaient à la terre. Ces gens-là étaient des sauvages finalement.
Mon titre n'est donc pas gratuit. Lâchés dans la nature, ils tuaient
tout ce qu'ils pouvaient. Ils étaient des dizaines de milliers
à se soulever contre les armées de Richelieu et de Louis XIII.
Ils partaient, armés de faux retournées, de bâtons ferrés, de
couteaux, de tout ce qui leur tombait sous la main. Ils avaient
des fusils parce qu'ils les volaient aux soldats qu'ils abattaient
ou quand ils prenaient d'assaut les casernes. C'était des sauvages
et ils ne manquaient pas de courage. Il faut dire qu'ils étaient
tellement pressurés de toutes parts qu'ils n'avaient rien à perdre.
A un moment, les dîmes avaient triplé pour permettre aux troupes
qui combattaient en Espagne de vivre. C'était intenable pour eux.
On leur prenait tout : leur argent, leurs biens, ils se retrouvaient
sans rien. alors ils partaient sur les routes et se constituaient
en meutes, comme les chiens sauvages, exactement. Finalement,
la bataille du Paréage marqua leur victoire mais ne résolut rien
à leurs problèmes. La seule issue c'était la paix, la trêve que
proposa Richelieu, mais leurs problèmes allaient resurgir plus
tard.
Le Club : Pourquoi avoir choisi la
voix d'un vieil homme, un peu en décalage avec l'action, pour
raconter cette histoire ?
M. P. : Eh bien ! , tout simplement parce que j'aime
bien que les personnages parlent à la première personne plutôt
que de les faire s'exprimer par mon intermédiaire. C'est ce qu'on
appelle le style direct, que je pratique très volontiers, dans
la mesure du possible. Et je le fais avec beaucoup de plaisir,
car cela me permet de mieux intégrer les personnages, de mieux
les faire sentir aussi aux lecteurs. Gratien Donnadieu est donc
un témoin, imaginaire d'ailleurs. Il regarde et il raconte, comme
un romancier.
Le Club : Quelles
peuvent être les résonances d'un tel roman chez les lecteurs modernes
?
M. P. : Il y a encore des révoltes paysannes aujourd'hui,
il suffit de voir l'action de José Bové. Les paysans ont toujours
été mécontents, il y a chez eux, un goût de la révolte, un don
pour la " colère verte ". Le paysan est un homme libre. Dès qu'on
touche à ses prérogatives, il s'insurge. Et ça, c'est encore très
actuel. Les Français sont d'autre part des révoltés permanents,
nous avons cela dans le sang, nous ne pouvons pas oublier les
grands échos de la Révolution française. La révolte est endémique
en France !
Le Club : Faites-vous
beaucoup de recherches pour chacun de vos romans ou, avec le temps,
avez-vous assez de matière pour vous lancer directement ?
M. P. : Les deux. Il y a des romans que j'entame
avec de la documentation que j'ai préparée 30 ans en avance. J'accumule
des informations, des revues, des livres. Au fil du temps, j'en
fais mon miel. Puis, lorsqu'un sujet s'inclut dans mon projet,
je vais rechercher tous ces documents. Le Club : Pouvez-vous nous
parler un peu du roman sur lequel vous travaillez ? Michel Peyramaure
: Cela fait deux ou trois ans que j'ai le projet d'écrire un roman
sur Louise Michel. J'ai une petite bibliothèque qui m'attend.
Mais vous savez, avant de commencer, il faut aussi que je m'occupe
des livres qui vont sortir à la fin de l'année et en 2001, car
j'ai en fait six romans d'avance !
Le Club : Mais vous allez plus vite que la musique !
M. P. : C'est un peu le cas, oui. mais je ne peux
pas faire autrement. C'est vous dire que, pour moi, écrire, est
vraiment une passion, un grand plaisir. Que pourrais-je faire
de mieux ?